Le projet photographique « Paris Burlesque » rassemble 60 portraits de femmes s’inscrivant dans une performance « New Burlesque* ».
Ce mouvement est née sous différents aspects : d’une démarche artistique, un engagement politique, un amusement ou la révélation d’un nouveau féminisme ancré dans l’air du temps.
Ces portraits s’inscrivent dans la tradition de la photographie documentaire directement inspirée de la peinture et du théâtre. Ces femmes, âgées de 18 à 59 ans nous dévoilent toute la richesse et les différentes mouvances de ce phénomène sociale dans la capitale parisienne. Les portraits glacés de ces personnages créent de toutes pièces pour l’occasion sont le témoignage d’une époque ; leur environnement quotidien devient intemporel et in fine irréel.
Il faut être libre pour séduire.
Dans de trop nombreuses photographies que je vois depuis un certain temps, il n’est question que de Photographie, de “photographisme” pourrait-on dire, des images nées d’une sorte de préoccupation interne, un art qui n’aurait pas d’autre matière que lui-même, comme convaincu de lui-même. Or, nous rappelle Cioran, “toute conviction est un obstacle à la liberté”. D’emblée, c’est ce que j’aime dans le travail que Sandrine Elberg consacre aux femmes du New Burlesque. S’adresser à “tous les corps, toutes les origines”, c’est aller vers plus de liberté. Les photographies de Sandrine jouent contre l’idée même du burlesque tel qu’il était définit par le Larousse Universel dans son édition de 1948 : burlesque, tiré du latin burla donne le sens de farce, comique outré et souvent trivial. Rendre burlesque consistait donc à “caricaturer jusqu’au vulgaire les choses belles ou les personnages nobles”. Loin le vulgaire ou la caricature dans les images de Sandrine Elberg. Chacune de ses photographies portent la marque de la séduction. Chaque portrait énonce un désir qui n’est pas littéralement satisfait, à l’instar de ces “nippies” fièrement exhibés au final des effeuillages et qui nous empêchent, pour reprendre la pensée de Baudrillard, d’être tout-à-fait récompenser au niveau exact de notre demande. Plus nous nous trouvons éloignés de l’objet de notre désir, ob-jectés en somme, plus cet objet devient le sujet même de notre rapprochement. Avec les photographies de Sandrine Elberg est donc bel et bien posée la question de la liberté car nous avons au moins deux limites en vue : celle à laquelle nous nous adossons, celle vers laquelle nous tendons. C’est par cette double notion de rapprochement et d’éloignement que se pose la question de ce qui est à la fois le même et ce qui est autre. Le travail d’illusion que Sandrine poursuit dans ses photographies est donc bien cette puissance qui permet “d’arracher le même au même” et que Jean Baudrillard nomme la séduction. Le fantasme profond n’est plus de posséder mais de (se) métamorphoser. Jean-Luc Cormier, 07/2011


