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Sandrine Elberg a une passion pour les étoiles, pour l’infiniment loin. Alors, dans sa « cuisine », elle bricole des comètes avec des petits riens : objets, cailloux, etc., et parvient à isoler des poussières d'astres sur fond intersidéral, grâce aux manipulations chimiques de la matière photographique ; mais aussi à recréer d’improbables lumières et reflets en tirant sur aluminium brossé certaines de ces images. L’ensemble est poétique, délicat, comme si Sandrine s’appliquait à mettre de l’ordre dans ces myriades de planètes qui gravitent en apesanteur dans l’espace.   

Frédérique Chapuis - Télérama 03/2019

À Liège, le cosmos aux cimaises

À l’heure où la toute première photographie d’un trou noir vient d’être dévoilée, le travail de Sandrine Elberg trouve une résonance supplémentaire. Depuis plusieurs années, l’artiste française puise son inspiration dans l’imaginaire du cosmos et des planètes. « À partir de cette fascination, explique le communiqué de presse, l’artiste utilise les ressources de la chambre noire et des sels d’argent pour aussi proposer des images qui expérimentent les limites et l’essence de la photographie analogique. »

Chez Sandrine Elberg, la photographie est donc aussi le résultat d’une exploration formelle, de réactions chimiques, d’heureux accidents. Il en découle des œuvres à la fois sombres et captivantes qui nous happent dans une autre dimension où l’infiniment grand côtoie l’infiniment petit… Fascinant.

S.D.

Travaux antérieurs - Russie (2004-2011)
 

A la recherche d’une image de ses origines, Sandrine Elberg s’est installée dans les salons de ses hôtes moscovites. Vêtues de leurs plus beaux atours et arborant des poses savamment choisies, les jeunes femmes qui l’accueillent et jouent avec elle reconstituent une sorte de monde perdu, rêve de jeune fille et peut-être aussi vestige d’un univers occidental enfui, celui des pin-ups candidement érotiques des 60′s. Le temps semble s’être arrêté, et l’emprise des formes apparaît alors plus durable, plus profonde que celles des idéologies. Une sorte de style qui serait aussi, paradoxalement, celui des « années heureuses », avant les troubles et la perte des repères à l’oeuvre dans la Russie contemporaine, à l’image de cette mode vintage qui est venue, à l’Ouest, entretenir la nostalgie d’un monde stable et lisible. Ce monde a disparu, n’a peut être jamais existé, et des images de Sandrine Elberg s’exhale une sorte de mélancolie, comme elle s’exhalerait d’une lettre d’amour adolescente exhumée à notre mémoire infidèle.

Christian Macotta (2011)

Répertoires de femmes
Les créations de Sandrine Elberg s'appuient sur la peinture, la photographie, le théâtre et l’image. N'était-ce le fond de réalisme qui unit prosaïquement ces trois lieux de la production visuelle, on pourrait croire l'artiste exclusivement attelée à des jeux de ressemblance.

Sandrine Elberg risque cependant d’autres niveaux d’entendements du réalisme en faisant passer son travail à travers d’autres paradigmes que ceux de la ressemblance. C'est en conscience qu'elle place son travail dans la perspective d'une identité russe qu'elle ne veut oublier, et qui lui fait assumer autant ses thèmes de travail que leur expression plastique.

Dans des décors à l'évidence préparés (ou conçus comme des prétextes à formuler des environnements naturels, ce qui revient au même), Sandrine Elberg place des personnages féminins entre illustration et évocation picturale. Immobilisé ou en train d’effectuer une tache domestique facile à comprendre comme se coucher, « faire des essayages », ou suspendu à des rêves, chaque personnage se présente comme s’il s’agissait d’un reportage. En même temps, sa pause est semblable à celle de modèle posant dans un cours de dessin académique. Le temps dans ses images est immédiatement suspendu, la vie de ces personnages n'est plus que symbolique. Chaque environnement qui au départ pouvait passer pour réel devient intemporel, et in fine irréel.

Sandrine Elberg fait mine de croire ses mises en scènes aussi directes et authentiques que des vues de reportages. Ses vues photographiques cependant un peu glacées tiennent leurs descriptions à distance. Dès lors, sont-elles de nature à délivrer une humanité dont l’artiste songe à retrouver les fils et l’origine ?
Alain Bouaziz (2010)